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2Bfb - Economie : doctrine


La Crise financière – et, par là, économique et politique –, qui secoua le monde en 2008, justifie la diffusion de ces textes qui sont en rapport direct avec l’enseignement de l’Église catholique. Leur intérêt est incontestable : ils constituent une base irremplaçable à la réflexion devant précéder les refondations de nos sociétés qui s’annoncent comme inévitables, après les échecs patents du marxisme et du matérialisme fut-il qualifié de scientifique, mais aussi – sous prétexte de modernité – du relativisme, du libéralisme philosophique et économique… absolutistes. Les non catholiques, eux aussi, ont tout intérêt à prendre en compte cet enseignement aux hommes de bonne volonté et de bonne foi…

Textes sur
La doctrine sociale [et donc économique] de l'Église catholique

Parmi les quotidiens qui ont accepté de publier cette tribune: Le Monde, Le Figaro, La Croix, L'Humanité, Le Parisien, Ouest-France, Sud Ouest, L’Est Républicain, Les Dernières Nouvelles d’Alsace, Le Dauphiné Libéré, Le Progrès, Le Midi Libre, La Nouvelle République du Centre...

Au moment où le monde entier se trouve engagé dans une crise économique qui frappera en priorité les plus démunis et dont personne ne peut mesurer la durée et la gravité, Noël demeure une espérance.
La naissance du Christ parmi les plus pauvres, dans une étable, autant dire presque dans la rue, mais aussi de nombreux textes bibliques et écrits sociaux des Églises chrétiennes, nous renvoient à des  références éthiques essentielles pour affronter la crise.
La pensée sociale chrétienne qui s'appuie sur ces références n'est pas une alternative à un quelconque système économique mais  un socle de réflexion qui a vocation à inspirer tout mode d'organisation durable de la société.
Ce socle repose sur deux priorités:
celle de l'homme sur l'économie, l'économie est au service de l'homme et non l'inverse, et celle des pauvres sur les privilégiés, l'équité condamne une trop grande inégalité entre les revenus.
Ces deux priorités
 définissent les six piliers fondateurs de la pensée sociale chrétienne: la destination universelle des biens  (la propriété privée est légitime si son détenteur en communique aussi les bienfaits à ceux qui en ont besoin) l'option préférentielle pour les pauvres, le combat pour la justice et la dignité, le devoir de solidarité, le bien commun et le principe de subsidiarité (faire confiance à ceux qui se trouvent au plus près du terrain pour résoudre ensemble leurs difficultés).
Et, en leur temps, les Pères de l'Église n'y allaient pas par quatre chemins. Avec Saint Ambroise par exemple, qui affirmait: « Quand tu fais l'aumône à un pauvre, tu ne fais que lui rendre ce à quoi il a droit, car voici que ce qui était destiné à l'usage de tous, tu te l'es arrogé pour toi tout seul ».
Aussi surprenant que cela puisse paraître, Jaurès, ou Gorbatchev plus près de nous, prétendaient trouver, le premier dans les textes du pape Léon XIII sur la question ouvrière, le second dans ceux de Jean Paul II, des références qui pouvaient fonder une société plus juste. 
Dans leur session consacrée à « l'argent » en 2003, les Semaines Sociales de France, lieu de réflexion des chrétiens sur les problèmes de société  depuis plus d'un siècle, critiquaient le système des stock-options en ce qu'il risque de négliger la vision à long terme de l'économie.
Ce faisant, les chrétiens ne condamnent pas l'économie de marché sous toutes ses formes. Ils rappellent -  et sur ce point, ils sont d’accord avec l’économiste Adam Smith - que: ce type d'économie ne peut fonctionner que dans des sociétés basées sur  les valeurs morales que sont
le respect des autres et une certaine sobriété dans l'usage des biens matériels. Il ne s'agit donc pas de récuser ni le profit, ni les investisseurs qui prennent des risques dans l'entreprise , mais d'appeler à une indispensable régulation de leur fonctionnement par les autorités publiques et par l'action de corps intermédiaires tels que les organisations non gouvernementales et les syndicats, notamment.
Les chrétiens ont des valeurs à faire progresser avec d’autres qui ne partagent pas nécessairement leur foi. Et les plus privilégiés d'entre eux sont  appelés à se comporter en citoyens vigilants par leurs choix politiques, à refuser  « le toujours plus », à s'engager notamment au niveau local, à accepter un niveau d’impôts volontariste pour une solidarité active, à respecter un mode de consommation  plus équitable  et soutenu par une « sobriété heureuse». Dans leurs lieux de vie, ils auront toujours le souci d'y faire entendre la voix des plus exclus. La célébration de Noël nous invite à réactualiser le sens que nous donnons à l’économie et à choisir la voie de la solidarité. Cela devient plus qu’urgent. Impératif.
  Parmi les premiers signataires :
Guy Aurenche, Jean Boissonnat, Daniel Casanova, Jacques Delors, Xavier Emmanuelli, Jean-Baptiste de Foucauld, Sylvie Germain, Jean-Claude Guillebaud, Jean-Pierre Hourdin, Alain Juppé, François Régis Hutin, Patrick Peugeot, Michel Rocard, Robert Rochefort, Eric-Emmanuel Schmitt, François Soulage, René Valette, Jérôme Vignon, François Villeroy de Galhau.


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Les grands textes de la doctrine sociale de l’Église

Vous trouverez, sur le site du Vatican, l'intégralité des grands textes qui ont marqué la doctrine sociale de l'Église catholique :

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Rerum Novarum (RN), Léon XIII, 1891.

-
Quadragesimo Anno (QA), Pie XI, 1931. (lien en anglais)

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Mater et Magistra (MM), Jean XXIII, 1961

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Pacem in Terris (PT), Jean XXIII, 1963.

-
Gaudium et Spes (GS), concile Vatican II, 1965.

-
Dignitatis Humanae (DH), concile Vatican II, 1965. (lien en anglais)

-
Populorum Progressio (PP), Paul VI, 1967.

-
Laborem Exercens (LE), Jean-Paul II, 1981

-
Sollicitudo Rei Socialis (SRS), Jean-Paul II, 1987

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Centesimus Annus (CA), Jean-Paul II, 1991.

-
Pour une meilleure répartition de la terre, Conseil pontifical Justice et Paix, 1997.

À noter : le
Compendium de la Doctrine sociale de l’Église a été publié en octobre 2004 par le Conseil pontifical Justice et Paix. Ce document est une référence incontournable.

« J'adhère effectivement complètement au message social de l'Église et aux valeurs qui sont exprimées dans ce texte » [contenu dans le « compendium de la doctrine sociale de l’Église »]. --------------- Alain Juppé

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LES FONDEMENTS SPIRITUELS DU CHRISTIANISME SOCIAL
ET SES SIX PILIERS
Par René Valette, ancien président des Amis de La Vie, Professeur émérite de l'Université catholique de Lyon.

L'affirmation première et majeure de l'enseignement social de l'Église, sa pierre angulaire, c'est la reconnaissance de l'extrême dignité de la personne humaine, qui trouve sa source dans la Genèse, le premier livre de la Bible. « Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu Ille créa, homme et femme il les créa ". Ainsi, si l'homme est icône de Dieu, s'il ressemble à Dieu, il est, en quelque sorte, porteur de divin, et la dignité qui en résulte fait que son histoire est une histoire sacrée. Par le fait même, lorsqu'un homme est blessé, humilié, défiguré, c'est Dieu qui est en agonie. Au contraire, l'homme debout, l'homme vivant - pour reprendre l'expression d'Irénée de Lyon (un des Pères de l'Église, évêque de Lyon au IIème siècle) - témoigne de la grandeur et de la gloire de Dieu. Plus l'homme est grand, plus Dieu est grand.
L'homme doit être ainsi au centre de l'organisation de la Cité. Les progrès scientifiques et techniques, les mécanismes économiques, les organisations sociales, les lois, les inventions n'ont de sens que s'ils servent et reflètent l'extrême dignité de l'homme.
Continuons cette lecture de la Genèse pour remarquer que Dieu a eu cette folie de créer l'homme créateur: « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la,  dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre ». Dieu associe l’homme à l'œuvre de création, il lui confie la tâche d'achever ce qu'II a commencé. Mais comme c'est un Dieu père, d'un amour non oblitéré par nos limites humaines, cette soumission de la terre doit être faite telle qu'aucun être humain ne manque du minimum qui lui permette de vivre conformément à sa dignité de fille et de fils de Dieu, icône de Dieu. Ce n'est donc pas un appel à produire toujours plus, sans limites, sans souci du lendemain! C'est un appel à gérer la Terre de façon telle qu'aucun être humain, vivant aujourd'hui, et qu'aucun être humain appelé à vivre demain ne soit privé de ce dont il a besoin pour vivre dignement.
Ainsi, les Chrétiens ne peuvent miser exclusivement sur l'autre monde: dès aujourd'hui, ils doivent agir pour que notre monde soit autre.
Continuons encore un peu ce rapide parcours biblique pour remarquer que Dieu a fait alliance avec l'homme pour réaliser cette œuvre de création. Et Il est un Dieu fidèle, éternellement, comme nous le chantons dans nos églises. L'Alliance a d'abord été scellée avec un petit peuple, qui parfois l'a trahi, a préféré la puissance et le veau d'or, un peuple élu, mais non sans défauts, bien sûr. Avec l'incarnation de Dieu, avec Jésus Christ, et peut-être surtout avec la Pentecôte, c'est l'humanité tout entière à qui Dieu propose son Alliance. Nous sommes désormais le peuple de l'Alliance… nous sommes tous invités à soumettre la terre, à la gérer, à l'organiser, afin qu'elle soit telle que le veut pour ses enfants un Dieu Père, d'une tendresse infinie.
C'est enfin un Dieu qui libère, qui nous libère de nos péchés, mais aussi de nos peurs, de tout ce qui fait obstacle à la dignité de l'homme, de tout ce qui opprime l'homme. On comprend que des peuples opprimés aient été séduits par ce Dieu libérateur. On comprend aussi que ce Dieu libérateur ait inspiré la théologie de la libération en Amérique Latine et ailleurs.
Rappelons-nous, par exemple, ce que nous dit le prophète Amos (5,21-25) :« Je hais, je méprise vos fêtes, pour vos solennités, je n'ai que dégoût. Quand vous m'offrez vos holocaustes, vos oblations, je n'en veux pas, vos sacrifices de bêtes grasses, je ne les regarde pas. Éloigne de moi le bruit de tes cantiques, que je n'entende pas le son des harpes! Mais que le droit coule comme l'eau, et la justice comme un torrent qui ne tarit pas. » Mais on aurait pu, tout aussi bien, rappeler les paroles d'Isaïe (58,6-9) : « Ne savez-vous pas quel est le jeûne qui me plaît ? Oracle du Seigneur Iahvé. Rompre les chaînes injustes, délier des liens du joug, renvoyer libres les opprimés, briser tous les jougs, partager ton pain avec l'affamé, héberger les pauvres sans abri, vêtir celui que tu vois nu et ne pas te dérober devant celui qui est ta propre chair. »
Le prophète est à la fois celui qui dénonce les structures d'oppression et les pratiques inhumaines et qui annonce des temps nouveaux placés sous le signe du respect de la personne.
Dans ce court et rapide parcours biblique, on voit sourdre les grands principes qui vont caractériser l'enseignement social de l'Église catholique.

LES SIX PILIERS
I - LA DESTINATION UNIVERSELLE DES BIENS

Ce terme nous est familier, certes, mais est-il aussi compréhensible qu'il le faudrait? Certains emploient plus volontiers l'expression « les fruits de la
Terre sont destinés à tous ». Même cette expression, plus aisée, n'est pas très lisible pour des personnes ayant toujours vécu en milieu urbain et qui pourraient assimiler les fruits de la Terre aux seules récoltes de nos campagnes. Peut-être vaudrait-il mieux traduire la destination universelle des biens de la manière suivante: il y a désordre, situation inacceptable, et pour reprendre une expression de Jean-Paul Il dans l'encyclique SoIlicitudo rei socialis de 1987 - structure de péché, quand un seul être humain manque du minimum qui l'empêche de vivre conformément à sa dignité de fils de Dieu. En d'autres termes: aucun chrétien, par exemple, ne peut prendre son parti d'un monde dans lequel 1 milliard 200 millions de personnes vivent dans une situation d'extrême pauvreté, c'est-à-dire disposant de moins de 1 dollar de revenu par jour.
La propriété n'est pas sacrée
Toute la tradition sociale de l'Église rappelle, à la fois, la légitimité de la propriété privée, mais aussi l'hypothèque sociale dont elle est chargée. Pour l'Église, le droit de propriété est non seulement légitime, il est souhaitable. De nombreux textes pontificaux l'ont rappelé depuis St Thomas d'Aquin. Mais l'Église nous rappelle aussi que ce droit de propriété, et l'usage qui en est fait, ne sont légitimes que dans la mesure où ils ne sont pas un obstacle à la destination universelle des biens. La propriété n'est pas sacrée; ce qui est sacré, c'est l'homme.
Déjà, dans la Bible, le Lévitique 25 l'écrit. Toutes les 7 semaines d'années, c'est-à-dire au bout de 49 ans, le peuple hébreu était invité à libérer les esclaves, à remettre les dettes et à restituer les terres à ceux qui en avaient été dépossédés. Les biblistes nous disent que cette exigence n'a sans doute jamais été réalisée, mais elle nous rappelle combien notre Dieu nous demande de ne pas nous résigner à une organisation de société qui empêcherait que des personnes puissent vivre dans des conditions humaines, de créatures de Dieu, aimées de Dieu. Plus tard, St Grégoire le Grand ou encore St Ambroise nous diront des choses semblables : « Quand tu fais l'aumône à un pauvre, tu ne fais que lui rendre ce à quoi il a droit, car voici que ce qui était destiné à l'usage de tous, tu te l'es arrogé pour toi seul ". Ce passage de St Ambroise nous est signalé par Paul VI dans l'encyclique Populorum progressio sur le développement, en 1967.
St Thomas d'Aquin allait peut-être encore plus loin en disant: « Si le pauvre ne peut manger, qu'il vole. »
Ce n'est pas, bien sûr, l'apologie du vol qui est ainsi faite, c'est un rappel de l'exigence de la destination universelle des biens et pour cela de l'exigence de la justice. St Vincent de Paul n'était-il pas, lui aussi, très subversif quand il disait à son entourage: « Il faut vous faire pardonner le pain que vous leur donnez ». En d'autres termes, il nous invite à nous demander quelle est notre part de responsabilité dans les situations qui font que des gens sont démunis et doivent tendre la main. C’est, par le fait même, un appel à la conversion que nous lance le grand St Vincent de Paul.

 II - L'OPTION PREFERENTIELLE POUR LES PAUVRES

L'expression nous est devenue familière au fil des années. Elle a été employée pour la première fois par Paul VI s'adressant aux évêques d'Amérique Latine. Elle fut reprise fréquemment tant par les Souverains Pontifes que par les conférences épiscopales nationales.
Le terme option n'est peut-être pas le plus approprié, car il pourrait laisser croire qu'il s'agit de quelque chose de souhaitable, certes, mais qui ne s'impose pas comme une exigence fondamentale, un peu comme le toit ouvrant d'une voiture, est un luxe dont on peut très bien se passer. Peut-être faudrait-il traduire l'expression option préférentielle pour les pauvres de la manière suivante: une attention toute particulière à toutes les situations de pauvreté, aux mécanismes qui les provoquent et aux personnes qui en sont victimes: grande précarité, exclusion, pauvreté matérielle, mais aussi détresse des personnes seules, de celles privées d'affection, des agonisants et aussi, bien sûr, pauvreté spirituelle. Sans cette attention, la destination universelle des biens devient impossible. Elle est une exigence absolue si on veut parvenir à ce que, sur notre Terre, toute personne puisse vivre comme le souhaite un Dieu-Père pour ses enfants. Utopie, certes, mais Don Helder Camara, l'évêque brésilien, ne nous disait-il pas qu'elle est le ressort de l'Histoire?
Attention aux plus vulnérables
On lit l'attention aux plus vulnérables à de nombreuses reprises dans l'Évangile. Rappelons, par exemple, que Jésus dit aux envoyés de Jean-Baptiste, qui lui demandaient s'il était le Messie si attendu: « Allez dire à Jean ce que vous entendez et voyez: les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres »(Luc 7,18-28).
Le signe que le Messie est présent dans le monde, qu'il est là parmi les hommes, c'est que ceux qui étaient les laissés-pour-compte, les méprisés, les impurs se trouvent réinsérés et dans leur communauté religieuse et dans la société. Mais c'est peut-être dans l'Évangile de Matthieu, au chapitre 25,31-46, que le fondement de l'option préférentielle pour les pauvres apparaît avec le plus de force. On nous dit, dans ce passage, que notre Dieu EST l'affamé, qu'il EST celui qui est sans habits, qu'il EST le prisonnier, qu'il EST l'étranger. Il ne s'identifie pas à ces personnes en détresse, Il EST ces personnes en détresse. Aussi, nul ne peut prétendre aimer Dieu s'il n'aime son prochain en difficulté.

 III - LE COMBAT POUR LA JUSTICE

Ce thème de la justice traverse aussi l'Ancien Testament. C'est sans doute chez les prophètes, Isaïe, Amos, Osée, qu'il apparaît avec le plus de force. Mais il faut, aussi, nous rappeler ce passage du texte final des Évêques venus du monde entier à Rome en 1971 pour un synode sur la justice: « Le combat pour la justice et la participation à la transformation du monde nous apparaissent pleinement comme une dimension constitutive de la prédication de l'Évangile, mission de l'Église, pour la rédemption de l'Humanité et sa libération de toute situation oppressive. » Texte fort qui reprend de nombreux propos des Pères de l'Église, et qui nous rappelle aussi que la première manifestation de l'option préférentielle pour les pauvres, nécessaire pour qu'il y ait destination universelle des biens, c'est que l'on ait, d'une manière inlassable, le souci de la justice ; même s'il est vrai que l'option préférentielle va au-delà de la justice.

IV - LE DEVOIR DE SOLIDARITÉ

Disons le clairement, le mot solidarité a appartenu longtemps au langage laïc. C'était même un terme de combat employé par ceux qui trouvaient que l'Église, de la façon dont elle parlait de la charité, de fait, contribuait à maintenir des organisations sociales, sources d'injustices et de misère.
Le terme « solidarité » a été introduit dans le langage chrétien par Jean-Paul II. Dans ses encycliques traitant de questions sociales, il l'emploie à de très nombreuses reprises - ce qui ne nous surprendra pas, quand on sait combien il était proche du Mouvement polonais Solidarnosc, Solidarité.
Mais si Jean-Paul Il prend à son compte tout ce que l'humanisme laïc a pu mettre de contenu à solidarité, il ajoute deux autres caractéristiques. Pour lui, la solidarité doit être sans exclusive. Elle ne peut être réservée aux personnes de sa religion, de son ethnie, de sa caste, de son pays, de son milieu social. Car tous les hommes sont également aimés de Dieu.
Selon Jean Paul Il encore, pour un chrétien, la solidarité va jusqu'au pardon et à la réconciliation. Mais, quand nous demandons à une personne que nous avons offensée de bien vouloir nous pardonner, cela signifie que nous allons changer de comportement à son égard, que nous allons, en quelque sorte, nous convertir. Le devoir de solidarité devient, par le fait même, un appel à la conversion et à l'action pour que disparaissent les mécanismes et les situations qui dégradent l'homme.

 V - LE PRINCIPE DE SUBSIDIARITÉ

Ce principe fut énoncé par Pie XI en 1931 dans son encyclique Quadragesimo anno. Il fut, depuis, exprimé à de nombreuses reprises par l'Église.
Il signifie que toutes les décisions concernant la vie en société doivent être prises le plus près possible des personnes à qui elles sont destinées. Si, dans notre tradition française jacobine, il semble s'opposer aux pratiques d'un État fort, extrêmement présent dans la vie sociale, par contre, en Allemagne, on lui accorde une telle importance qu'il figure explicitement dans la Constitution.

 VI - LE BIEN COMMUN

La question du bien commun est extrêmement présente dans l'enseignement social de l'Église. Elle est abordée, déjà, par Léon XIII dans Rerum novarum en 1891, puis reprise en 1931 par Pie XI dans Quadragesimo anno et par le même souverain pontife en 1937 dans Divinis redemptoris. Elle fut largement traitée par Jean XXIII d'abord dans Mater et Magistra en 1961 puis dans Pacem in terris en 1967. Enfin le Concile Vatican Il en parlera à plusieurs reprises dans Gaudium et spes.
Jean XXIII définit le bien commun comme « l'ensemble des conditions sociales permettant à la personne d'atteindre mieux et plus facilement son plein épanouissement » (Mater et Magistra 65).
Chaque texte pontifical colore cette notion en fonction de la personnalité de celui qui l'a rédigé et aussi du contexte dans lequel l'Encyclique a été publiée. Par exemple, Divinis redemptoris dit que « c'est précisément la fonction de la justice sociale d'imposer aux membres de la communauté tout ce qui est nécessaire au bien commun ». Avec Jean XXIII et le Concile il nous est rappelé que le bien commun concerne la communauté humaine tout entière et non les seules communautés nationales.

 EN GUISE DE CONCLUSION

Jean XXIII le premier, puis Paul VI et le Concile Vatican Il ensuite, nous rappellent que nous devons savoir lire « les signes des temps « comme dans l'Ancien Testament, le peuple hébreu était appelé à écouter les appels des prophètes. Les chrétiens d'aujourd'hui ont vocation à être, à leur tour, des prophètes. L'enseignement social de l'Église peut, incontestablement, les y aider. »
René Valette, ancien président des Amis de La Vie, Professeur émérite de l'Université catholique de Lyon.

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Doctrine sociale de l'Église - Wikipédia
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